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STAPHYSAGRIA

Commentaire

d'Alain HORVILLEUR

            C’est surtout en Provence et dans le sud de l’Europe que l’on trouve cette plante de la famille des Renonculacées appelée Delphinium staphysagria ou encore plus communément l’herbe aux poux.  Au premier siècle de notre ère, DIOSCORIDE préconisait cette plante contre la rage de dent. Puis, l’utilisation de ses graines a été étendue aux convulsions, à l’épilepsie, aux tics de la face. Enfin l’usage populaire en a fait un parasiticide, d’où son nom populaire d’herbe aux poux.


            Pour l’usage homéopathique, on utilise les graines à l’état sec, au titre alcoolique de 65c. C’est, une fois encore, à HAHNEMANN que l’on doit la première pathogénésie qu’il réalisa en 1819 avec dix collaborateurs. Du fait de sa très grande toxicité, Staphysagria provoque de très nombreux symptômes, souvent banals par eux-mêmes, rendant ainsi sa prescription  difficile.


            Comme il s’agit d’une plante et donc d’une substance qui n’appartient pas à l’organisme, elle ne peut avoir qu’une action toxique et celle-ci se développe comme toujours en deux phases : une première d’excitation dite sthénique parce que l’organisme a encore tout son pouvoir réactionnel, la seconde de dépression dite asthénique justement parce que l’organisme a perdu plus ou moins ses possibilités réactionnelles. C’est la seconde phase qui domine dans STAPHYSAGRIA.


            Ensuite, chaque substance toxique a une action prépondérante sur un ou sur plusieurs appareils ou fonctions. Ainsi, LYCOPODIUM voit-il son action toxique se focaliser essentiellement sur le foie, NUX VOMICA sur le système nerveux de l’appareil digestif, etc...

Pour STAPHYSAGRIA, l’expérimentation montre 5 cibles = le système nerveux (central et neuro-végétatif) - les muqueuses (surtout génito-urinaires) - les ganglions lymphatiques - les tissus osseux (et dentaires) - la peau.

 

1 -  ACTION SUR LE SYSTÈME NERVEUX :


 L’action sur le système nerveux central = le comportement de STAPHYSAGRIA


            Il découle de l’action toxique une longue dépression qui domine et conditionne le comportement, et sur ce fond quelques signes d’excitation.


            Staphysagria se présente comme un sujet affaibli, asthénique, déprimé, pâle, parfois avec des yeux cernés et enfoncés dans leur orbite. La cause de cette fatigue n’est pas toujours évidente pour le praticien, car le comportement psychique de ce patient est dominé par l’introversion ou l’intériorisation des frustrations ou des peines. Cette fatigue trouve très souvent, mais non exclusivement son origine dans des conflits de la vie sexuelle, dont le sujet n’aime pas parler. A cela s’ajoute une susceptibilité exacerbée qui s’exprime par des colères violentes mais dissimulées, camouflées par une apparente indifférence. Cependant la colère peut s’exprimer dans le cercle familial. On retrouve ce trait dans d’autres médicaments de colère. Ainsi, on présente souvent et à juste titre Nux vomica comme un coléreux n’arrivant pas à se contrôler, tyran domestique, violentant son entourage familial et professionnel. Cependant Nux vomica sait très bien se dominer dans certaines circonstances, notamment lorsqu’il se trouve avec ses supérieurs hiérarchiques ou avec des personnes qu’il ne connaît pas.


            KENT décrit ainsi le sujet STAPHYSAGRIA : « Un homme bien élevé a une discussion avec un individu grossier et qui se termine par des insultes. L’homme bien élevé se contient, tourne le dos à l’autre et s’en va. Rentré chez lui, il ne dit rien de tout cela, se domine, mais il en est malade. Il ne dort plus la nuit, le jour il est fatigué, son cerveau ne fonctionne plus. Il ne peut plus calculer, fait des erreurs en écrivant ou en parlant. Il a la vessie irritable, des coliques, etc... ". Philippe GEOFFROY SAINT-HILAIRE a publié une observation très intéressante d’une crise d’épilepsie chez un homme jeune (25 ans) survenue quelques heures après un traumatisme au menton au cours d’une séance de judo. Or ce traumatisme était tout à fait banal en lui-même, il n’est pas à l’origine de la crise comitiale,  mais le patient a eu la conviction d’un geste volontaire de son partenaire et en a été profondément vexé et humilié. C’est donc sur cette notion de « suite de vexation » que devait se faire la valorisation.


            Ainsi, il faut retenir la dépression de fond avec asthénie physique et mentale, mais accompagnée d’une excitabilité elle-aussi physique et mentale qui s’exprime par une susceptibilité exacerbée. Dès le matin, le patient est de mauvaise humeur, il est triste, pleure facilement (quand il est seul). Il se vexe facilement, s’indigne et s’irrite pour des riens mais se contient, « rentre » ses peines ou ses colères, cache ses frustrations (qui pourtant l’obsèdent et le tourmentent) et les exprime parfois au niveau de différents appareils, surtout au niveau génito-urinaire. H. VOISIN décrit une multitude de signes somatisés, en voici trois :

  


            On peut ajouter un type de carie dentaire caractéristique = dentine réactionnelle noire ou brune, très dure, d’évolution très lente, faisant suite à une frustration, souvent mais non exclusivement d’ordre sexuel.


            Les troubles sexuels ou urinaires d’origine psycho-somatique sont très importants et sont parfois difficiles à mettre en évidence, du moins quant à leur origine psychique, du fait de l’introversion. Classiquement et autrefois, on décrivait des troubles urinaires comme la pollakiurie ou des orgelets survenant chez des jeunes mariées déjà frustrées par la découverte de la sexualité et qui ne répondait sans doute pas à leur attente. Mais les choses ont changé !

"Le sujet a souvent une grande timidité, une gêne et parfois du mépris pour le sexe opposé, mais son excitation sexuelle physique l'attire irrésistiblement vers ce sexe... ou vers l'onanisme" (Henri VOISIN)

Comme cela a été précisé, HAHNEMANN a fait la pathogénésie de STAPHYSAGRIA en 1819 et Denis DEMARQUE fait remarquer qu’il n’a pas parlé « de relation entre les nombreuses manifestations morbides et une étiologie (sic) exclusivement psychique. Il n’insiste pas sur les symptômes d’ordre sexuel ». JAHR, élève et collaborateur de HAHNEMANN, dans un livre publié en 1834 indique tout de même : « Suite fâcheuse de l’onanisme  - Mauvaise suite de chagrin, de souci, de chagrin avec indignation... ». Nous avons plusieurs fois déploré que D . DEMARQUE oublie ou minimise l’apport de plusieurs générations de praticiens homéopathes  à la Matière médicale Homéopathique qui comprend trois sources complémentaires : la pathogénésie proprement dite, la toxicologie et l’expérience clinique des praticiens. Ainsi, ce n’est pas parce que la pathogénésie ne précise pas tel ou tel signe que ce signe n’existe pas, s’il a été par la suite constaté et vérifié. Par exemple, tout ce qui concerne les circonstances étiologiques ne découle pas de la pathogénésie, mais exclusivement de l’expérience des praticiens. Il en va aussi de Staphysagria pour ce qui concerne les troubles somatiques d’origine psychogène, et plus particulièrement le retentissement des frustrations professionnelles ou surtout sexuelles. Pour la raison évidente que lors de la pathogénésie, ce ne peut être que l’action toxique qui provoque ces troubles et ce n’est qu’ensuite seulement que l’expérience clinique des praticiens a pu rattacher ces troubles à une origine psychogène.


            Sur ce fond dépressif se manifeste une irritabilité qui peut être importante, aussi bien sur le plan psychique que sur le plan physique :

  



Remarque : le brossage des dents, banal en lui même et naturellement fortement recommandé pour l’élimination de la plaque dentaire, peut être à l’origine de petits inconvénients !



 L’action sur le système nerveux sympathique :


Il s’agit d’une action dépressive, comme pour le système nerveux central, qui se manifeste au niveau des organes contrôlés par le système sympathique : ralentissement essentiellement fonctionnel, jamais lésionnel, avec relâchement vasculaire = bradycardie, hypotension artérielle, stases veineuses variées, le tout localisé notamment au niveau abdominal, thoracique, céphalique et plus particulièrement à la sphère génito-urinaire (cible privilégiée).

2  -  ACTION SUR LES MUQUEUSES :



            L’action diphasique d’excitation et de dépression se traduit au niveau des muqueuses par des troubles sensoriels (phase d’excitation), fonctionnels (les deux phases) et organiques (phase dépressive). Cette action se manifeste essentiellement sur les muqueuses génitales et urinaires, cet appareil étant la cible privilégiée de ce médicament.


            La plupart du temps, les troubles urinaires sont liés à une perturbation de la vie génitale, liée aux répercussions psychiques déjà évoquées.

  


            Ces troubles urinaires accompagnent souvent des troubles sexuels :

  

            

Dans les deux sexes, il y a une excitation sexuelle très importante, mais avec une grande sensibilité des organes génitaux au toucher (Platina) et le tout sous l’égide d’obsessions sexuelles constantes, compliquées par la timidité maladive et la crainte du sexe opposé.


            Les muqueuses oculaires sont une autre cible =  blépharite, orgelets, chalazions. Mais ces orgelets ou chalazions ne parviennent pas à la suppuration et laissent place à des nodosités  indurées des paupières. Selon Henri VOISIN, ces lésions seraient la signature du mode sycotique. En tous cas, ces lésions ont souvent une connotation psychogène (frustration sexuelle pour les orgelets).

  

3  -  ACTION SUR LES GANGLIONS LYMPHATIQUES :



            Staphysagria provoque une hypertrophie des ganglions lymphatiques avec induration, sensibilité et inflammation.  Cette action correspond à la physio-pathologie du mode réactionnel luétique. Mais le plus souvent, cette hypertrophie ganglionnaire n’est pas isolée et s’inscrit dans un contexte général que l’on appelait autrefois la scrofule. Ce terme est devenu aujourd’hui obsolète mais il n’a pas été remplacé, car on se trouve contraint à définir cet état par plusieurs mots = déminéralisation, dénutrition, adénopathies, amaigrissement , etc... Sur le plan homéopathique, on constate cet état chez les enfants répondant à  la mise en œuvre de deux modes réactionnels : tuberculinique et luétique.


            Cet état de dénutrition correspond en clinique à un enfant faible, frileux, irritable, de mauvaise humeur, insatisfait. Outre cela, il présente :

  

4  -  ACTION SUR LES TISSUS OSSEUX ET DENTAIRES:


Au niveau du tissu osseux :


            On constate essentiellement des douleurs. Il ne faut pas oublier que STAPHYSAGRIA est avant tout un remède fonctionnel.

  


 Au niveau des tissus dentaires :


            Il existe deux formes de caries qui seront décrites plus loin = l’une précoce dès l’éruption des dents, l’autre tardive et d’évolution très lente chez un «frustré ».



5  -  ACTION SUR LA PEAU :


            STAPHYSAGRIA provoque surtout :

  

 

STAPHYSAGRIA EN CLINIQUE



            Tout d’abord, il convient de décrire les circonstances étiologiques de ce médicament, notions qui découlent de l’expérience clinique.


1/ Tous les facteurs de déminéralisation évoquant ceux du mode réactionnel tuberculinique comme les carences alimentaires, certaines  avitaminoses, le surmenage intellectuel, expliquant les caries précoces dès l ‘éruption des dents ou les douleurs osseuses. A cela s’ajoutent les facteurs déclenchants du mode réactionnel luétique, la conjonction de ces deux modes aboutissant à des graves troubles de la croissance en général et de la minéralisation des dents en particulier.


2/ Les facteurs psychogènes avec intériorisation et somatisation = indignation, vexation, reproches ou réprimandes, colère « rentrée », injustices (réelles ou ressenties comme telles), chagrins, déceptions sentimentales, deuil, contrariétés, frustrations (de toutes natures, mais surtout sexuelles, mauvais effets de la masturbation ou des excès sexuels), jalousie, mépris (sensation d’avoir été méprisé, réelle ou ressentie comme telle), etc... 


3/  L’auto-intoxication pour certains troubles digestifs par suite de sédentarité, d’excès de viande ou par tabagisme. Ces facteurs évoquent le mode psorique surtout si l’on ajoute les mauvais effets de suppression = condylomes, éruptions, transpiration.


4/  Le traumatisme, notamment intellectuel (surmenage) et chirurgical = plaies chirurgicales, incisions, notamment sur l’abdomen ou au niveau de l’appareil génito-urinaire = sujet qui, depuis une opération, est devenu hypersensible au le plan physique ou psychique, avec des douleurs aggravées au toucher de la zone opérée - blessures par instruments tranchants (ce médicament calme la douleur et active la cicatrisation).


5/  Le froid et notamment le froid sec pour certains troubles urinaires ou pour des douleurs dentaires..


6/  La dentition (à comparer à CHAMOMILLA dont la colère est explosive).

  

L'ENFANT "STAPHYSAGRIA"

On peut décrire deux types d’enfants répondant à STAPHYSAGRIA.


            Il y a d’abord un type déminéralisé, adénopathique, asthénique de fond, irritable, de mauvaise humeur, tel qu’il est décrit dans tous les ouvrages. Cet enfant était appelé autrefois « scrofuleux », et chez lui les troubles somatiques entraînaient les troubles psychiques. Chez ces enfants, STAPHYSAGRIA est un remède somato-psychique.


            Il y a ensuite un second type ressemblant trait pour trait au STAPHYSAGRIA adulte, c’est-à-dire un enfant chez lequel prédominent les causes psychogènes de frustrations, d’indignation, de refoulement, etc...

            Cette dualité explique pourquoi STAPHYSAGRIA est souvent « oublié » des praticiens chez un jeune enfant du premier type car si l’on s’obstine à rechercher chez un tout jeune enfant le refoulement, la frustration, les obsessions sexuelles, il est bien évident que l’on ne trouvera jamais ce remède. Jacques LAMOTHE affirme « qu’il s’agit d’un remède difficile à voir car ces « clients » sont parmi ceux qui cachent le mieux leur jeu ». Cela est vrai chez l’enfant comme chez l’adulte.


1/  L’enfant « déminéralisé » :


            Il correspond à un  enfant défavorisé sur le plan héréditaire ou acquis, chez lequel on constate la mise en œuvre de deux modes réactionnels (tuberculinisme et luétisme ), modes aboutissant à des troubles plus ou moins graves du développement ostéo-morphologique, avec comme conséquence le rachitisme, la dénutrition et des adénopathies. Et c’est chez ce type d’enfant que les dents se carient dès leur apparition, s’effritent, sont tachées de noir et sont douloureuses.


            Voici quelques signes  qu’il faut retrouver chez un enfant pour confirmer le choix de STAPHYSAGRIA :


  1. Enfant faible, frileux, irritable, de mauvaise humeur et insatisfait.

  2. Dents noires ou tachées de noir, le plus souvent vite cariées et s’effritant peu après leur éruption.

  3. Ganglions lymphatiques hypertrophiés, durs, un peu enflammés, sensibles au toucher.

  4. Hypertrophie des amygdales.

  5. Gros ventre avec = fréquence des oxyures, des coliques abdominales (< après avoir mangé ou bu, > par la pression). Diarrhée après réprimande ou punition ;

  6. Coryza chronique avec un mucus épais au début, fluide et irritant par la suite.

  7. Eruptions prurigineuses laissant suinter un liquide âcre, irritant et fétide, formant des croûtes (occiput, sur et derrière les oreilles, paupières) = le grattage déplace le prurit.

  8. Verrues le plus souvent pédiculées.

  9. Douleurs osseuses nocturnes (non ostéocopes).


            Dans ces états de rachitisme et de dénutrition, plusieurs médicaments sont souvent indiqués et il est parfois très difficile d’en distinguer un seul. Cela pose d’ailleurs le problème de la  pratique homéopathique. Chacun sait que les homéopathes se divisent grosso modo entre les unicistes et les pluralistes. Personnellement, nous penchons vers la pratique moins manichéenne, nous prescrivons volontiers un seul médicament mais à condition que son indication soit nettement évidente, qu’il n’y ait aucun doute, aucune hésitation, à condition enfin que son action soit contrôlée par des consultations rapprochées autant que nécessaire. Pourquoi ? Parce que la minéralisation des dents est un phénomène continu, il n’y a jamais de retour en arrière dans ce processus, ce qui est « raté » l’est pour la vie entière. On ne peut donc se tromper. Il en va autrement pour d’autres pathologies. Par exemple, si le médicament unique prescrit pour une aphtose chronique n’est pas le vrai simillimum par suite d’une erreur de choix, la maladie évolue sans être influencée par le traitement inadéquat, ce qui peut être gênant pour le patient mais n’obère en rien son avenir, n’a aucune conséquence irréversible. Ce n’est pas le cas lors de la minéralisation.


            Quels sont les autres médicaments impliqués dans les troubles de la minéralisation et du développement morphologique ? Tout d’abord, les trois CALCAREA, et plus souvent CALCAREA PHOSPHORICA et CALCAREA FLUORICA. Ces trois CALCAREA ont un rôle prophylactique évident et il convient de ne pas en priver le jeune patient, surtout si l’on pense qu’il y a des risques pour sa minéralisation dentaire. Ensuite, il faut penser à NATRUM MURIATICUM, SILICEA, TUBERCULINUM pour le mode tuberculinique, FLUORIC ACID., MERCURIUS SOLUBILIS et LUESINUM pour le mode luétique. Et il ne faut pas oublier la fréquence de la mise en œuvre du mode sycotique chez les enfant du fait des vaccinations systématiques, massives, répétées et trop précoces.


            Ainsi et pour résumer, un enfant « tuberculino-luétique » (comme on disait autrefois) se défend mal contre les agressions de la vie et les conséquences peuvent être dommageables sur le plan du développement et de la croissance, surtout au niveau des dents du fait de l’irréversibilité des processus de minéralisation dentaire. Aussi est-il indispensable de ne pas risquer de passer à côté de l’effet bénéfique du traitement homéopathique en raison d’un choix thérapeutique uniciste reposant davantage sur un entêtement doctrinal que sur la recherche de l’efficacité. Chez ce type d’enfants, il est fréquent et normal  d’hésiter entre plusieurs médicaments parce que les symptômes sont souvent communs, ou parfois mal définis par des modalités précises. Il est donc préférable, à notre avis, de proposer une construction thérapeutique à partir de médicaments complémentaires et ce, dans le seul intérêt du jeune patient..

REMEDES A COMPARER DANS LES CARIES DENTAIRES PRÉCOCES



            Sur le seul signe « Les dents se carient peu après leur éruption = dents noires, s’effritant facilement »,

STAPHYSAGRIA doit être comparé à ANTIMONIUM CRUDUM et à KREOSOTUM.


            Chez un enfant prématuré, et toujours pour la carie, le Répertoire de Kent précise plusieurs médicaments =  Calcarea carbonica, Calcarea fluorica, Calcarea phosphorica, Coffea, Fluoric acid., KREOSOTUM et STAPHYSAGRIA.



ANTIMONIUM CRUDUM :


            Remède proche de CALCAREA CARBONICA dont il constitue une étape d’aggravation vers GRAPHITES en raison de deux groupes de signes communs (avec quelques nuances)= aggravation des troubles digestifs par excès alimentaires aboutissant à un blocage de l’émonctoire intestinal et aggravation des troubles cutanés traduisant le blocage de l’émonctoire cutané (éruptions croûteuses laissant suinter un exsudat épais comme du miel), ANTIMONIUM CRUDUM  est un enfant gras, voire obèse par gloutonnerie, maussade, grognon (lorsqu’on le regarde, qu’on le touche ou qu’on s’occupe de lui notamment quand il est malade).  Il a horreur d’être lavé à l’eau froide. Malgré ce qu’affirme KENT dans son Répertoire, les différents auteurs ne citent pas la carie dentaire comme un trait dominant.


            Pourquoi peut-on le rapprocher de STAPHYSAGRIA ? Nous en voyons une raison, qui n’est peut-être pas pertinente : les médicaments comme CALCAREA CARBONICA, ANTIMONIUM CRUDUM ou GRAPHITES correspondent à un ralentissement métabolique qui explique le développement bréviligne. Mais qui explique sans doute aussi un repli sur soi = la lenteur métabolique influence aussi le comportement psychique, le sujet trop lent pour s’adapter au rythme de la vie moderne se sent décalé, dépassé, en rupture de rythme, ce qui explique notamment les multiples peurs de CALCAREA CARBONICA. Or STAPHYSAGRIA est également un introverti. On retrouve là le côté sycotique de ce remède favorisé par l’humidité et le froid humide et surtout par les atteintes du système immunitaire constituées par les vaccinations et par les médicaments chimiques opposés aux fréquentes rhino-pharyngites ou autres pathologies de ce type, le tout aboutissant à un ralentissement des échanges intercellulaires et donc l’introversion des réactions psychiques ou physiques.


KREOSOTUM :


            KENT affirme que trois symptômes caractérisent KREOSOTUM = des écoulements excoriants +  des pulsations dans tout le corps + un saignement profus par de petites plaies.  Inutile de dire que ces trois symptômes ne sont d’aucune utilité pour la prévention de la carie dentaire ! Et d’autant plus que cet auteur parle, à propos des signes buccaux, de gingivite ulcéreuse, de rétractions gingivales, de gencive spongieuse, de petites ulcérations, d’aphtes, mais pas de carie dentaire qu’il signale pourtant au degré moyen et au degré fort pour la carie des enfants prématurés  dans son Répertoire ! ! !


            NASH affirme que : « Un enfant qui a la bouche pleine de dents cariées, avec des gencives enflammées et douloureuses, trouve son meilleur ami dans KREOSOTUM ».


            KREOSOTUM s’adresse à des enfants plutôt minces, voire maigres, grandissant trop vite, d’aspect plus âgé que leur âge, ayant une face pâle et des yeux cernés. Ces enfants ont une tendance aux irritations des orifices = paupières, narines, commissures labiales, qui sont rouges, fissurées et saignent facilement. Ces enfants sont frileux, grincheux, têtus, grognons, jamais satisfaits. Dès le première enfance, la dentition leur donne des soucis = nervosité, diarrhée, douleurs. Puis les caries dentaires apparaissent peu après l’éruption des dents, avec des lésions noires, un effritement rapide et des douleurs (< par les boissons froides et > par la chaleur). Ces dernières modalités évoquent ARSENICUM ALBUM, autre remède de troubles graves évoluant vers la cachexie.


            Cet aspect des lésions dentaires et leur précocité évoquent évidemment STAPHYSAGRIA, d’autant plus que ces deux remèdes ont également des troubles urinaires. KREOSOTUM a sans doute une gingivite ou une stomatite plus marquée.


            Comme on peut le constater, KREOSOTUM est surtout un remède lésionnel. Il est difficile de prévenir son indication faute d’un guide clinique comme les modes réactionnels. Il y a certes avec ce médicament une atteinte de la nutrition générale avec ralentissement métabolique et amaigrissement cachectique. C’est d’ailleurs à partir de ces troubles que l’on a découvert les vertus thérapeutiques homéopathiques de la créosote. Celle-ci était utilisée pour fumer les viandes afin de les conserver et c’est chez des marins consommant quasi exclusivement de la viande fumée que l’on a constaté les lésions décrites, dont la gingivite ulcéro-nécrotique d’allure scorbutique.

 

PEUT-ON PRÉVENIR L’INDICATION DE STAPHYSAGRIA CHEZ UN ENFANT ?


            Nous restons fixés ici sur le problème de la minéralisation des dents qui concerne le dentiste en priorité mais aussi le médecin, sans oublier le contexte clinique. Deux critères peuvent et doivent guider notre réflexion.


            Tout d’abord, les facteurs de dénutrition et de déminéralisation doivent être recherchés et supprimer chaque fois que possible. C’est plutôt le rôle du médecin qui voit le nourrisson. Ces facteurs évoquent à l’évidence le mode réactionnel tuberculinique. Ensuite, il faut rappeler que les carences minérales et vitaminiques sont aussi une cause du mode luétique. De même que les intoxications par métaux lourds ou autres substances comme le fluor. Or, on peut constater de très grandes similitudes entre les lésions carieuses des dents victimes de la fluoration excessive accidentelle ou volontaire par prophylaxie et celles de STAPHYSAGRIA ou de KREOSOTUM.


            Sur le plan thérapeutique, il semble évident de citer deux médicaments du mode réactionnel tuberculinique = NATRUM MURIATICUM et SILICEA. Le premier joue un rôle capital dans le métabolisme de l’eau et dans les échanges de minéraux entre les cellules. La « sonnette d’alarme » est apportée par la sécheresse extrême des muqueuses qui se manifeste occasionnellement, accompagnée alors d’une soif intense et d’un désir anormal de sel ou d’aliments salés. On retrouve de plus des similitudes dans le psychisme. Comme STAPHYSAGRIA, NATRUM MURIATICUM est un introverti, un hypersensible, un susceptible qui cache ses peines aux autres mais les ressent profondément, parfois même durant des années. Il recherche alors la solitude pour ressasser ses déceptions. Mais il faut noter que les lésions carieuses de NATRUM MURIATICUM ne ressemblent pas à celles de STAPHYSAGRIA. Il a surtout les caries des faces proximales avec une atteinte plus élective de la dentine et ses caries évoluent rapidement, comme celles de SEPIA, son remède d’aggravation lorsque la congestion veineuse s’accentue. SILICEA semble plus proche de STAPHYSAGRIA par l’aspect des lésions carieuses qui évoluent lentement. SILICEA est également un timide introverti. Nous avons donc là un trio de médicaments bien précieux pour prévenir les troubles de la minéralisation des dents.


            SILICEA est un remède dit « polydiathésique ». Sa déminéralisation et son rachitisme le rattachent bien sûr au mode tuberculinique. On retrouve dans ses facteurs étiologiques les carences alimentaires, les troubles de l’assimilation des minéraux, les suites du surmenage intellectuel. Mais il y a aussi les mauvais effets des vaccinations et la sensibilité au froid et au froid humide qui expliquent sans doute les inflammations des muqueuses toujours chroniques et évoluant chaque fois vers une suppuration interminable avec les réactions lympho-ganglionnaires habituelles. Il ne faut pas oublier les conséquences des médicaments chimiques donnés au long cours chez cet enfant du fait de la chronicité et de la répétition des inflammations suppurées.


            Un autre médicament de fond doit être évoqué = MERCURIUS SOLUBILIS. Il correspond sur le plan thérapeutique aux côtés luétiques de STAPHYSAGRIA. On peut même dire que ces deux médicaments sont complémentaires sur le plan bucco-dentaire. Les caries sont plus évidentes dans STAPHYSAGRIA et MERCURIUS est cité au degré fort dans le Répertoire de KENT. Mais si la gingivite est bien présente dans STAPHYSAGRIA, elle l’est bien davantage dans MERCURIUS, qui a alors des liens de similitude avec KREOSOTUM.


            On peut ajouter d’autres médicaments. Cela signifie tout simplement que la réalité clinique est toujours plus complexe que la matière médicale homéopathique, dans laquelle chaque médicament semble bien délimité. La répertorisation surtout informatique rend des services précieux dans l’individualisation du remède indiqué sur le moment. Mais à une condition = retrouver chez le patient quelques signes ou symptômes bien établis. Or et c’est là un vrai problème = lorsqu’on recherche une action préventive, les matériaux symptomatiques manquent parfois de précision suffisante, ils sont forcément discrets. Et c’est là, sur ce chapitre précis, que la conception des modes réactionnels rend d’immenses services. C’est là enfin que la stratégie pluraliste s’impose à notre avis. D’abord parce que les signes sont suffisamment imprécis pour laisser place au doute et ensuite parce que l’objectif recherché, la minéralisation optimale des dents, interdit le droit à l’erreur, dans l’intérêt de l’enfant. Les considérations théoriques, conceptuelles ou doctrinales viennent loin derrière, très loin.

 

2/  L’autre « type » d’enfants STAPHYSAGRIA :


            On peut trouver l’indication de STAPHYSAGRIA chez des enfants qui n’ont pas les mêmes problèmes de développement ou de minéralisation dentaire que les précédents, ils peuvent donc  avoir n’importe quel biotype mais chez lesquels le génie de STAPHYSAGRIA s’exprime au niveau du comportement psychologique avec les retentissements somatiques déjà décrits et que l’on trouve peut-être plus fréquemment chez les adultes.


            Ce sont des enfants hypersensibles, notamment sur le plan émotif. Ils sont particulièrement sensibles aux remontrances, aux reproches, aux punitions, surtout lorsque ils les pensent injustifiés. Il en va de même avec les vexations, les humiliations auxquels les enfants sont exposés de la part des petits « copains » de classe, cruels involontairement.


            Henri BERNARD le compare à LYCOPODIUM : « A le voir, il rappelle LYCOPODIUM, mais alors que chez celui-là, la colère éclate, vindicative et violente, chez STAPHYSAGRIA tout se passe à l’intérieur, il se domine, on n’en sait rien. Mais il en souffre doublement ». Mais ne pas oublier que LYCOPODIUM, comme d’ailleurs NUX VOMICA, peuvent très bien masquer leur colère en présence de tiers, notamment hiérarchiquement plus élevés.


            J. BARBANCEY cite une observation du Dr Bottger, ainsi résumée : un enfant de 9 ans habituellement calme et bon élève est devenu distrait et bagarreur, il se bat avec ses copains à la récréation parce qu’ils se moquent de leur institutrice. Cet enfant aime beaucoup sa maîtresse mais ne peut pas, n’ose pas l’avouer. Il ne supporte donc pas les moqueries de ses copains à l’égard de cette femme, il ne peut le dire, alors il frappe !


            Cependant, il faut rappeler que STAPHYSAGRIA est une plante, c’est-à-dire une substance étrangère à l’organisme qui ne peut avoir qu’une action toxique et celle-ci s’exprime toujours en deux phases successives : excitation puis dépression. Si la deuxième domine avec ce médicament, la première s’exprime par une irritabilité et une hypersensibilité physique à la douleur, aux sensations sensorielles comme les bruits, les goûts, les odeurs. Dans ces cas-là, STAPHYSAGRIA peut exprimer sa colère avec violence.  Il peut faire des « colères bleues », jeter des objets sur son entourage ou les casser, ou encore les jeter au feu. On retrouve également un signe partagé avec NATRUM MURIATICUM et SEPIA = l’aggravation par la consolation, l’amélioration étant seul.


            On constate donc chez ces enfants l’importance des causes psychogènes. Mais ces enfants ne seraient pas STAPHYSAGRIA s’il n’y avait pas la somatisation des déceptions et des frustrations. Certes, on ne trouve pas chez le jeune enfant les problèmes psycho-sexuels qui n’apparaissent que vers ou après la puberté, qui explosent ensuite à l’adolescence et après chez l’adulte. Mais on trouve parmi les troubles somatisés, comme chez l’adulte :

  



La carie dentaire => 2 formes cliniques

Chez l'enfant déminéralisé, les dents sont sensibles aux facteurs cariogènes, d'où ce type de polycaries que l'on trouve chez STAPHYSAGRIA et/ou KREOSOTUM :

 "les dents se carient peu après l'érution"




Forme de carie à évolution lente favorisant une dentine réactionnelle dure et de couleur sombre ou noire que l'on voit chez des Staphysagria ayant les frustrations décrites plus haut

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 suite : STAPHYSAGRIA chez les adultes